Laurent Baziller

Pour accéder au menu,
cliquez sur les 3 lignes
à gauche.

logo des fortifs

LES FORTIFS


En 1840, l’enceinte dite de Thiers est construite autour de Paris.
Depuis, les projets se sont succédés pour la remplacer.
Voici l’histoire de la sixième enceinte de Paris, jusqu'à la création du boulevard périphérique.

La Voiture Fondue, Doisneau - 1944

Un anneau de 35 kilomètres de longueur et de 400 mètres d’épaisseur


Agrandir
Pierres angulaires du bastion 44 construit en 1841-1842 avec, en arrière-plan, les Magasins de décor de l'Opéra de Paris construits par Charles Garnier
Pierres angulaires du bastion 44 construit en 1841-1842 avec, en arrière-plan, les Magasins de décor de l'Opéra de Paris construits par Charles Garnier

Pendant de nombreuses années je pris mon train quotidiennement en direction de la Gare Saint-Lazare. À l’approche de Paris, dès que nous passions le dernier méandre de la Seine pour la plaine de Clichy, je mettais mes sens en éveil pour ne rater en aucun cas ce seul petit plaisir que pouvait me procurer le train de banlieue. Je guettais l’approche du périphérique avant le passage des Maréchaux car la “vision” allait être furtive : perpendi­culairement aux voies de chemin de fer, se dressait un mur d’apparence ancienne. Que pouvait être cet ouvrage de 300 mètres de long qui semblait enfermer deux bâtiments du XIXe siècles ? Un matin, je me décidai enfin à le voir de près et lorsque je vis gravée dans la pierre l’inscription « bastion 44, construit en 1841-1842 », j’entrepris d'en savoir plus. Quel rapport avec le Périphérique tout près ? Pourquoi cette enceinte ?

Agrandir
Plan topographique des fortifications (détail nord-est),
1842 - Aleksander Zakrzewski © Roger Viollet
Plan topographique des fortifications - 1842

L’histoire de Paris est une histoire lente, faite de conflits. Elle se déploie sur des théâtres parfois très lourds comme celui de cet anneau occupé pendant plusieurs décennies par les fortifications d’Adolphe Thiers, ministre de Louis-Philippe, construites entre 1840 et 1844, puis désaffectées et détruites de 1919 à 1929.

Cette enceinte constitue une espèce de seuil annulaire entre Paris et la banlieue. Il coïncide encore aujourd’hui avec la ceinture d’habitations de briques rouges, des anciens bastions et de l’anneau du boulevard périphérique bordé d’équipements publics et d’ensembles modernes.

Transformée par le périphérique ouvert entre 1956 et 1973, la ceinture de Paris constitue aujourd’hui une extraordinaire scène architecturale et un lieu assez étrange.

Agrandir
Enceintes successives de Paris
Enceintes successives de Paris

Cette ceinture aura été pendant toutes ces décennies, une espèce d’incroyable cimetière de projets, de rêves et de tentatives politiques avortées. Depuis l’enceinte de Charles V jusqu’à celle construite dans les années 1840, Paris se développe de l’intérieur en poussant sur ses limites successives.

La dernière enceinte qui précède celle de Thiers, est l’enceinte des Fermiers Généraux créée dans les années 1780, ce fameux « Mur murant Paris, qui rend Paris murmurant ». Ce n’était pas un mur défensif, militaire, mais un mur d’octroi, un mur fiscal. Sa désaffection, lorsque la nouvelle enceinte est créée, va développer autour de lui un nouveau tissu urbain particulier, que l’on trouve aujourd’hui pour l’essentiel au droit du viaduc du métro aérien. Il en ira de même avec la ceinture de Thiers, lorsque l’enceinte des Fermiers Généraux sera détruite.

L’histoire des “fortifs” en 10 dates


Agrandir
Rue Gustave Eiffel à Levallois. Au loin : les HBM, au premier plan : la zone
Rue Gustave Eiffel à Levallois

31 mars 1814, les troupes russes entrent dans Paris, Napoléon abdique.

13 janvier 1841, Adolphe Thiers, ministre de Louis-Philippe fait voter un crédit de 140 millions pour doter Paris d’un nouveau système défensif.

De 1841 à 1844, 25 000 ouvriers sont à l’œuvre sur le chantier des “fortifs” qui englobent 7 802 hectares. Paris double sa superficie et gagne près de 350 000 habitants, mais l’enceinte de Thiers se révèle être immédia­tement obsolète.

11 Décembre 1852, ouverture de la ligne de Petite Ceinture de Paris. Elle permet de relier entre eux les bastions avec un mouvement rapide des troupes (elle transporte 800 000 hommes de troupe entre le 16 juillet 1870 et le 17 mars 1871), puis est consacrée au trafic de marchandises avant d'être ouverte à celui des voyageurs.

1er janvier 1860, annexion des communes contenues à l’intérieur du mur en intégrant entièrement les villages de Belleville, Grenelle, La Villette et Vaugirard et partiellement ceux d’Auteuil, des Batignolles-Monceau, de Bercy, de Charonne, de La Chapelle, de Montmartre et de Passy.

13 Septembre 1870, Napoléon III est capturé à Sedan et capitule. Une république est proclamée et un gouvernement provisoire nommé. La capitale est transformée en un camp retranché et tient le siège quatre mois. Mai 1871, la Commune s’y retranche 70 jours face aux Versaillais.

1884, premiers projets de démentèlement à l’initiative d’architectes, d’ingénieurs ou de paysagistes qui s’efforcent d’inventer l’urbanisme. Un de ces projets prévoyait une couronne continue de parcs autour de Paris.

19 avril 1919, vote de la loi qui annonce la démolition des “fortifs”, opération qui dure jusqu’en 1930.

19 mars 1925, un décret sur la zone de servitude militaire prévoit le rattachement à Paris des territoires de l'ancienne zone non ædificandi. 17 février 1953 la Loi Bernard Lafay abroge la zone non ædificandi.

1956-1973, travaux de construction du boulevard périphérique. En effet dès 1940, s'imposait l'idée du doublement de l'ancien “boulevard militaire” par l'établissement à la limite de Paris, sur les terrains zoniers rendus disponibles, d'une nouvelle rocade destinée à assurer la circulation de transit et déjà baptisée “boulevard périphérique”.

Agrandir
3 mai 1919, démolition des fortifications porte de Clignancourt