Laurent Baziller

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LES FORTIFS


11- Des ouvrages considérables

Boulevard Périphérique, porte de Bagnolet.

« De notre point de vue, l’autoroute est la grande opportunité négligée dans le projet urbain. » Kevin Lynch


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Échangeur de Bercy enveloppant le bastion 1.
Échangeur de Bercy enveloppant le bastion 1.

À son achèvement en 1969, l’échangeur de la porte de Bercy est le plus grand d’Europe avec ses trois niveaux de circulation et ses vingt-deux bretelles. On y trouve comme enveloppé le bastion numéro 1 de l’enceinte qui a été préservé, mais étouffé par les bretelles de ce dispositif autoroutier. Aujourd’hui le périphérique existe, et malgré ses défaut a l’intérêt d’être une scène métropolitaine assez extraordinaire.

« L’autoroute est – ou pourrait être – une œuvre d’art. La vue depuis la voie peut être un jeu dramatique d’espace et de mouvement, de lumière et de texture, embrassant une échelle nouvelle. Ces longues séquences pourraient rendre intelligibles nos grands territoires métropolitains : le conducteur verrait comment la ville est organisée, ce qu’elle symbolise, comment les habitants l’utilisent et quel est son propre rapport avec elle. De notre point de vue, l’autoroute est la grande opportunité négligée dans le projet urbain. »
Kevin Lynch, urbaniste américain, The View from the Road, 1964.

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Doubler la hauteur de ces HBM en greffant des maisons individuelles en forme d’alcôves hexagonales imbriquées les unes aux autres. Avec là encore, des potagers et des vergers suspendus dont pourront profiter les habitants.
Doubler la hauteur de ces HBM en greffant des maisons individuelles en forme d’alcôves hexagonales imbriquées les unes aux autres.

Son destin est-il d’être préservé, sanctifié ? Ou est-il d’être enterré, effacé ? Aujourd’hui le périphérique est un paysage sur lequel des architectes de grand talent se sont exprimés :

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Ensemble d’habitations Édouard Crevel (sur la gauche), Porte de Bagnolet.
Ensemble d’habitations Édouard Crevel (sur la gauche), Porte de Bagnolet.

Le périphérique est un décor architectural continu extrêmement intéressant, dans lequel, parfois, certaines opérations essayent de résoudre certains problèmes réels des habitants, comme pour cet immeuble antibruit de Gérard Thurmauer porte de Bagnolet.

Très vite, certains projets liés au périphérique ce sont montrés inopérants (surtout quand les autres autoroutes de ceinture n’étaient pas encore réalisées) comme le projet de super-périphérique de René Sarger étudié dans les années 60, proposant de doubler le périphérique tout juste ouvert à la circulation en le survolant par un gigantesque ouvrage en viaduc. Le périphérique a été aussi l’objet de certaines réflexions de la politique des grands travaux de François Mittérrand, comme ce projet d’Alexandre Chemetoff pour le parc de La Villette qui a l’idée de faire passer le périphérique dans les jardins.

Les considérations actuelles

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L’annulaire-rapide. 35 km, 22 stations. Ce projet de Christian de Portzamparc se veut un moyen de transport rapide, aérien installé au dessus du boulevard périphérique parisien.
L’annulaire-rapide, projet de Christian de Portzamparc se veut un moyen de transport rapide, aérien installé au dessus du périphérique.

Aujourd’hui, c’est à l’échelle de la métropole que le destin de cet anneau est posé. Cet anneau épais de 400 mètres qui intercepte la plupart des voies importantes de la région parisienne va-t-il devenir un territoire replié sur lui-même, rendu confortable, rendu praticable, ou va-t-il être un lieu d’articulation de Paris et de la banlieue comme l’ont proposé depuis longtemps l’Atelier Parisien d’Urbanisme, l’institut d’aménagement et d’urbanisme de la région ?

La situation politique nouvelle créée par les élections municipales de 2001 à Paris a changé les choses, pour la première fois Paris travaille avec la banlieue et tente le rapprochement. Se développent des projets, la Plaine Saint-Denis, l’est parisien ou le sud comme la création de systèmes urbains nouveaux dans lesquels la matière bâtie sur les bastions et sur la zone seraient préservés et aménagés.

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Imaginé par le studio Planning Korea, le concept devrait s’implanter au dessus du boulevard périphérique, dans le XVIIe arrondissement de la Capitale.
Imaginé par le studio Planning Korea, le concept devrait s’implanter au dessus du boulevard périphérique, dans le XVIIe arrondissement de la Capitale.

En réponse au projet urbain « Réinventer Paris » initié par Anne Hidalgo, un groupe d’architectes coréens partage sa vision de ce que pourrait être la Ville lumière au XXIe siècle. Baptisé L’air Nouveau de Paris, le concept imagine une construction futuriste au beau milieu de la ville. Il s’agit d’une série de capsules ovoïdes connectées entre elles et montées sur pilotis. Fabriquée en verre, chaque capsule peut servir de bureau, de local commercial ou résidentiel aux citadins parisiens. S’étendant sur une surface de 3 800 mètres carrés, la structure s’inspire des micro-organismes présents dans la nature. Ainsi, sa conception interconnectée a été pensé pour renforcer les liens entre les bâtiments tandis que sa façade entièrement vitrée permet de disposer d’une vue panoramique à 360 degrés sur la ville. Au final, son architecture avant-gardiste a été créée pour contraster avec le style néo-classique des bâtiments environnants.

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Deux concepteurs urbanistes proposent de vider le périph de toutes ses voitures et d’y construire logements et parcs sur ses 150 hectares dès 2025.
Deux concepteurs urbanistes proposent de vider le périph de toutes ses voitures et d’y construire logements et parcs sur ses 150 hectares dès 2025.

Un autre projet révolutionnaire et réalisable pourrait faire sortir Paris de la crise du logement et réduire drastiquement la pollution : il s’agit de métamorphoser le boulevard périphérique en un grand espace habité et paysager, entièrement libéré de ses voitures ! Ses chiffres sont sérieux : sur 150 hectares, trois millions de mètres carrés seraient construits, 35 à 50 000 logements bâtis, et 45 hectares de biodiversité installés sur les 35 kilomètres de la boucle qui encercle la capitale. Cette idée s’inscrit dans un nouvel espace où la capitale se fond dans la future Métropole de Paris et où le périphérique ne constitue plus une frontière entre Paris et sa banlieue.

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Paris, porte de Saint-Ouen. La suppression de ce ruban de 35 km permettrait de récupérer 150 ha pour construire des logements.
Paris, porte de Saint-Ouen. La suppression de ce ruban de 35 km permettrait de récupérer 150 ha pour construire des logements.

N’étant plus une frontière, la grande boucle d’asphalte peut se métamorphoser. Ce serait un grand parc circulaire connecté avec les autres espaces verts : bois de Boulogne, bois de Vincennes, parc de la cité universitaire, héliport de Paris. L’ouvrage n’est pas démoli, tous les équipements (sportifs, culturels) et les moyens de transports (métro, tramway, Grand Paris Express) sont à proximité. Aménager des jardins, construire des logements sur le périph ne pose aucun problème technique. Que faire de l’actuelle circulation automobile sur le premier axe routier d’Europe (270 000 véhicules/jour) ? Les flux de camions seraient déplacés sur l’A104. L’A86 serait alors transformée en boulevard urbain. Pour compenser l’usage de la voiture individuelle, un réseau dense de bus, notamment électriques, serait mis rapidement en place entre l’ex-périph et l’A86, en offrant un service comparable à celui en ville (un bus toutes les cinq minutes). Cette solution radicale propose une solution forte à la crise urbaine en sacrifiant l’usage personnel de l’automobile en région parisienne. Projet utopique ou incroyablement optimiste qui accompagnerait la Ville Lumière dans un saut qualitatif au XXIe siècle.

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Le périph plombé !
Le périph plombé !

Paris ne sera certainement pas à l’avenir une ville conti­nue. Cette césure existe, elle a des qualités paysagères. Elle a une histoire extrêmement complexe, édifiante. Le tramway sur le boulevard des Maréchaux peut aussi changer la destinée de cet anneau et en faire un lieu de transports plus collectifs. Cet anneau double au delà de son histoire d’un siècle et demi reste un des terrains d’aventure des plus intéressants de la région parisienne et peut-être de l’Europe.

Quelques vestiges de l’enceinte de Thiers restent visibles

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La Poterne des Peupliers, hier et aujourd’hui.
La Poterne des Peupliers, hier et aujourd’hui.

- La poterne des Peupliers, (voir aussi ci-contre) sous laquelle un bras de la Bièvre entrait dans Paris avant sa canalisation à travers les fortifications et jusqu’à la Seine.

- Flanc du bastion 28 porte de la Villette.

- Une pierre du bastion n° 82 dans les jardins de la fondation Deutsch de la Meurthe.

- Tour de l’enceinte de Thiers - à vérifier - bastion 92, rasée en 2011 pour le passage du tramway, au croisement de la rue de Patay et de la rue Régnault.

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Le bastion 1, Porte de Bercy, hier et aujourd’hui.
Le bastion 1, Porte de Bercy, hier et aujourd’hui.

- Le bastion n° 1, (voir aussi ci-contre) actuellement situé rue Robert-Etlin à côté de l'échangeur de la porte de Bercy.

- Postes-caserne (ici, du bastion 14 et du bastion 17) et casernes d'octroi (ici porte d'Arcueil) construits dans certains bastions.

- Le bastion n° 45 (parement extérieur) dans le jardin Claire-Motte, rue Albert-Roussel (17e). Il a simplement été remblayé à mi-hauteur lors du démantèlement de l’enceinte de 1840. Il n’a donc jamais totalement disparu et a d’ailleurs longtemps préservé une zone qualifiée par divers auteurs de « cour des Miracles ». Il a servi de mur de soutènement aux magasins des décors de l’Opéra Comique, et se trouve au cœur de l’îlot confié à Christian de Portzamparc, à la limite entre le boulevard Malesherbes et le boulevard périphérique. Ce vestige propose un passé à ces terrains nouvellement aménagés en dégageant des fondations sur près de quatre mètres, et en laissant apparaître dans le revêtement de sol les contreforts maçonnés qui scandent l’arrière du bastion.

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Le bastion 44 et les ateliers Berthier.
Le bastion 44 et les ateliers Berthier.

- Le bastion n° 44 derrière les ateliers Berthier (ex entrepôt de décors de spectacle construit en 1895 par Charles Garnier pour l'Opéra de Paris) la salle des Ateliers Berthier, située boulevard Berthier (17e), a été transformée en salle provisoire à l'Odéon en 2003.

- Contreforts, parement et fondation du mur et de la courtine reliant les bastions 25 et 26, avenue Jean-Jaurès (19e). Les vestiges mis au jour ont confirmé la présence de la face septentrionale du bastion identifié comme le n° 25, de la courtine le reliant au bastion n° 26, et des contreforts qui les scandent à l’arrière côté ville. La totalité du terre-plein défensif a disparu et la muraille apparaît conservée sur 4 mètres de hauteur (sur un total de 10). Il a pu être constaté que les travaux de démolition du rempart se sont bornés à retirer une hauteur de maçonnerie suffisante pour araser le terre-plein. Le reste du dispositif observable est limité au fossé. Pour la première fois, l’agencement de la base de la muraille a pu être étudié.