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LES FORTIFS


7- Quelques projets singuliers

Fondation Émile et Louis Deutsch de la Meurthe, Cité universitaire internationale, 1921-1925

Quelques projets donnent une image idéale de ce qu’aurait pu être l’aménagement de cet espace, s’il avait été fait selon le plan de 1924.


La Fondation Émile et Louise Deutsch de la Meurthe : le pavillon central flanqué d’un beffroi et le pavillon Poincaré

La Fondation Émile et Louise Deutsch de la Meurthe : le pavillon central flanqué d’un beffroi et le pavillon Poincaré

Cité internationale universitaire de Paris

Cité internationale universitaire de Paris

L’espace idéal est celui de la Cité universitaire réalisé en 1920 (reconnue d’utilité publique par décret du 6 juin 1925) grâce à André Honnorat (ministre de l’Instruction Publique) et le soutien d’Émile Deutsch de la Meurthe (mécène et industriel alsacien), grâce à une contribution privée.

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La Cité universitaire avant le périphérique et l’embranchement de l’autoroute du Sud

L’architecte Lucien Bechmann, connaît bien l’expérience des campus américains, s’en inspire et imagine pour la Cité universitaire un projet qui ne sera pas réalisé : un hameau jardin pour étudiants. La Cité universitaire est un des projets les plus révélateurs de cette image d’un paysage idyllique pensé pour cette emprise.

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Les portes d’Orléans et de Vanves verront ainsi l’édification d’immeubles modernes à partir des années 30

Le dispositif construit par la ville sur les anciens bastions, est constitué d’une sorte de double dispositif de ségrégation sociale à l’échelle de l’ensemble de Paris.

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Boulevard Ney et porte Montmartre

Premier dispositif : à l’ouest les lots de terrains seront vendus pour construire des logements de luxe. Il n’y aura pas d’Habitations à Bon Marché à l’ouest de la ceinture, comme il n’y aura pas de logements de luxe dans le XXe. Une ségrégation plus fine intervient ensuite sur chaque segment de l’enceinte, c’est-à-dire que les terrains situés au droit des stations de métro ou des portes, donc bien desservis, sont vendus pour faire des ensembles de logements pour la classe moyenne. Les terrains les plus distants sont utilisés pour faire des écoles, des piscines ou autres équipements municipaux (terrains qui ne seront donc pas vendus). Entre les deux, il y aura une gradation de logements sociaux. Les HBM dites améliorées seront plus proches des portes, les normales (pour une population plus pauvre) seront plus éloignées. Tout est déterminé dans ce dispositif par une certaine distance vis à vis des dessertes, des stations de métro, d’autobus ou de tramways dans un double dispositif inégalitaire.

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Boulevard d’Indochine entre la porte Chaumont et la porte Brunet

Le résultat est la construction d’un nouveau front continu de logements, en particulier à l’est de Paris. Dans son livre Faubourgs De Paris, l’écrivain Eugène Dabit (l’auteur de L’Hôtel du Nord) écrit en 1933 :
« Aujourd’hui, les fortifications sont rasées. Longtemps, des hommes s’acharnèrent à détruire l’ouvrage d’autres hommes. Ils nivelèrent des talus, comblèrent des fossés, chargèrent des camions de déblais jusqu’au moment où le sol fut uni. Alors, ils tracèrent les fondations d’une ville neuve. Entre la poterne du Poteau et la barrière de Clignancourt, un immense quartier moderne qui finit au bord de la zone et jette son ombre sur des arbres rabougris qui annonçaient jadis la naissance du printemps. […] Sur les terrains vagues de la Butte Montmartre et des Grandes-Carrières où j’allais jouer, s’élèvent des constructions rigides et désolantes comme des casernes, des fabriques, des banques, des garages. Le terrain “vaut de l’or” ! Les maisons se touchent, se soutiennent, font la haie, cachent le soleil. Au printemps, sur les boulevards, nul autre feuillage que celui des marronniers et des platanes qui enfoncent leurs racines entre les canalisations électriques et celles du gaz. »

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Avenue de la porte Brunet

Dabit pleure ce paysage des fortifs vues par Lucien Pissaro ou Zola, ces fortifs “poumons de la ville”. Le public y voit toujours la même muraille que celle des fortifs, une muraille qui aurait enflé et qui serait sortie de terre en se trouant de fenêtres et de couloirs. L’écrivain Georges Sadoul, en 1935, y voit « des villes surpeuplées, des poumons sans air, des blocs d’immeubles d’une agressive laideur, des cours étroites comme des puits et d’affreuses ambiances de petites rues qui se tortillent comme des vers coupés en deux. »