Laurent Baziller

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LES FORTIFS


5- Les projets de démantèlement

Boulevard à redans, 1903 © E. Hénard, Études sur les transformations de Paris

Le Paris de 1908 est décrit par Jules Romain comme « serré dans son enceinte, ligoté dans le fouillis de la zone, bloqué dans sa banlieue ».


Les projets de démantèlement apparaissent avec Jean-Charles Alphand en 1884, mais apparaissent aussi, à l’initiative des architectes, des ingénieurs ou des paysagistes qui s’efforcent d’inventer au tournant du siècle une nouvelle discipline : l’urbanisme.

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Eugène Hénard (1849-1923), architecte et urbaniste - 1898
Eugène Hénard (1849-1923), architecte et urbaniste - 1898

L’un d’eux est un architecte voyer de la ville de Paris du nom d’Eugène Hénard, qui invente en 1903 un nouveau type de boulevards implantés sur les fortifications côté Bois de Boulogne, au moment où l’on discute du démantèlement de l’enceinte. Ce boulevard, dit « à redans » est un boulevard discontinu sur lequel des hôtels particuliers sont créés, non pas selon l’ordre continu des façades Hausmanniennes, mais selon un système qui laisse passer le regard et l’aération. C’est un des premiers projets innovants situé sur le terrain des fortifications (Le Corbusier reprendra ce thème du redans par la suite).

Eugène Hénard, vers 1910, est aussi à l’origine d’un projet intéressant d’extension continue de Paris au-delà du mur, qui aurait disparu, par un tissus régulier de rues et de squares, sans distinction entre Paris et la banlieue.

La désaffection de l’enceinte est d’abord envisagée avec les logements prévus par Alphand pour régler les problèmes internes à Paris (circulation, logements ou jardins) et devient un élément fondamental dans les stratégies d’extension de la capitale. Ces réflexions apparaissent au même moment dans la littérature. Dans « Paris à cinq heures du soir » de Jules Romain, le Paris de 1908 est décrit comme « Serré dans son enceinte, il se trouvait en outre ligoté dans le fouillis de la zone et bloqué dans sa banlieue. Et cette banlieue, loin d’être quelque chose de simple, de traitable, une propagation circulaire, un train d’ondes de populations concentriques, formait l'enchevêtrement le plus confus ».

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Expulsion des zoniers - Le Petit Journal - 1895
Expulsion des zoniers - Le Petit Journal - 1895

Au même moment, les forces politiques les plus diverses s’emparent de la question. Albert Thomas, porte parole du Parti Socialiste affirme que l’aménagement des espaces libres sur la zone serait une œuvre socialiste. Maurice Halbwachs, grand sociologue au temps de la SFIO, affirme que la zone pourrait être un lieu formidable d’interaction des différentes classes sociales dans l’espace parisien. Ce qui se passe sur le terrain est plus délicat, les militaires défendent leurs terrains et les zoniers sont parfois expulsés de leurs baraques.

Adolphe Thiers voulait “protéger la tête de la France” (la capitale, du latin caput) et l’idée qu’elle soit enserrée dans une couronne insalubre de lotissements sur la zone, soit comme garrotée dans cette couronne et la banlieue, est insupportable aux yeux de certains dirigeants politiques et des militaires qui en profitent pour proposer à nouveau leur projet de méga enceinte plus belle et plus grande, à la hauteur des forts de banlieue, contre les bastions et les enceintes de Thiers. Il s’agit certainement du projet le plus absurde que l’enceinte est jamais sécrété à l’époque où toutes les villes allemandes avaient démantelé leur fortifications.