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LES FORTIFS


10- La réalisation du périphérique

Si la Grande Muraille est visible depuis l’espace, le périphérique aussi !

Passer le périphérique c’est quitter Paris et entrer dans l’univers de la banlieue. On continue d’appeler les entrées de Paris des “portes” et de désigner le territoire situé à l’intérieur du périphérique sous le nom de “Paris intra-muros”.


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Chantier du boulevard périphérique entre les portes de Vanves et de Châtillon, 1961

L’exemple ci-dessus des terrains du sud de Paris, entre les portes de Vanves et de Chatillon, au 1er mars 1961, montre le front bâti des HBM, le système des espaces verts réalisés et le boulevard périphérique désormais en tranchées et autoroutier, qui occupe la limite du périmètre communal de Paris.

Chantier du boulevard périphérique à la hauteur de la Cité Universitaire et de la porte de Gentilly, 1958

Chantier du boulevard périphérique à la hauteur de la Cité Universitaire et de la porte de Gentilly, 1958

Chantier de l’autoroute du Sud, 1958

Chantier de l’autoroute du Sud, 1958

Le boulevard périphérique est une grande opération lancée en 1954. Le premier tronçon est ouvert en 1960 et les 35 kilomètres sont totalement mis en service en 1973. La coupure dans le tissu urbain varie de 35 à 60 mètres pour deux chaussées à quatre voies, occupant chacune quatorze mètres de largeur. Les travaux de l’autoroute du sud seront lancés en 1957 comme le montre la vue aérienne ci-dessus d’Arcueil au boulevard périphérique (à la porte de Gentilly).

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Si on supprimait le périphérique, on pourrait, selon des architectes, construire à la place entre 30 et 40 000 logements

Tranchée d’une portion du périphérique Sud

Tranchée d’une portion du périphérique Sud

Passage en viaduc du périphérique

Passage en viaduc du périphérique

Cette opération renforce l’impact visuel de cette façade continue de sept à huit étages des HBM construites par la Ville de Paris face à une banlieue longtemps composée d’immeubles bas ou de maisons de ville. Souterrains sous un sixième de sa longueur, le périphérique est une frontière matérielle. Sur le reste de son tracé, il passe en tranchée non couverte ou au niveau du sol ou en viaduc au dessus de la ville sur un tiers de sa longueur. Depuis son inauguration, de nombreux aménagements ont permis de modifier ses abords faits d’immeubles de bureaux, d’hôtels modernes, de panneaux publicitaires géants… Les différences sociologiques entre les quartiers continuent de s’atténuer avec le départ de la capitale d’une partie des couches moyennes, provoqué par la hausse des prix immobiliers du nord et de l’est de la capitale.

Tronçon couvert, Porte des Lilas

Tronçon couvert, porte des Lilas

Continuité urbaine à la hauteur de Bel Air Sud

Continuité urbaine à la hauteur de Bel Air Sud

Enfin, la couverture de certains tronçons, opération très coûteuse, réduit les nuisances pour les riverains, rétablie une forme de continuité urbaine entre Paris et la banlieue et dote la capitale de quelques hectares de terrains à construire

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Plan d’aménagement de la ceinture verte de la porte de Pantin à la porte des Lilas

Le projet d’aménagement du secteur n° 7 de la ceinture verte de Paris, de la porte de Pantin à la porte des Lilas est une des images fortes de cette politique d’aménagement du plan Lafaye (voir ci-contre). Nous y voyons à la fois les HBM construites dans l’entre-deux-guerres, le parc d’Azema, dit du Chapeau Rouge, puis ces grandes barres qui sont implantées. C’est comme si une ville nouvelle annulaire avec tous ses clichés avait été créée à cinq kilomètres du centre historique de Paris (rappelons que le boulevard périphérique de Londres est à 30 km, celui de Berlin à 25, celui de Madrid à 10. Dans l’entre-deux-guerres, l’incapacité politique et financière de la ville de Paris à réaliser les terrains de jeux, qui n’auraient pas pu être transformés en autoroutes ou en grands ensembles, permet cette irruption d’une logique d’urbanisme de très grande banlieue dans la capitale.

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Chantier du boulevard périphérique à la porte de Vincennes, 1969

Cette politique d’aménagement est illustrée par l’image ci-dessus, une des rares compositions architecturale qui traverse le périphérique à la porte de Vincennes. L’architecte Bailleau imagine un système symétrique qui traverse les deux côtés de la ville.

Zonnier au pied des HBM

Zonnier au pied des HBM

Campement de sans abri porte de Bagnolet en 1963

Campement de sans abri porte de Bagnolet en 1963

Entre 1953 et 1973, les zoniers migrent dans un mouvement circulaire, tout autour de Paris, au rythme de la construction du périphérique qui finit par engloutir entièrement la Zone. L’ambition sociale qui était de reloger sur place les anciens zoniers ne sera pas respectée, ils iront à Pantin, Bagnolet ou Orly. Un certain nombre continuera de camper très longtemps sous le périphérique parisien ou à ses abords.

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Chantier du boulevard périphérique à la porte de Pantin, 1965

La logique autoroutière de ce dispositif, qui a ses obligations en termes de rayons de giration, de tracés, de pentes, s’apparente de manière répétitive à la logique du mur de Thiers en termes de travaux publiques, de lignes de chemins de fer, de routes, de terrains dégagés qui est mis en place à proximité du centre de la capitale.