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LES FORTIFS


9- L’influence de Vichy

La zone à la fin des années 1920, en arrière-plan, la Cité Internationale

L’expulsion des zoniers va permettre le dernier acte : l’aménagement de la zone.


Paris, porte d’Ivry, la Zone devant le groupe scolaire tout neuf, 1940

Paris, porte d’Ivry, la Zone devant le groupe scolaire tout neuf, 1940

La zone de Saint-Ouen en 1934

La zone de Saint-Ouen en 1934

Les images ci-dessus montre le caractère instable et délicat de la situation : les HBM sont construites, les groupes scolaires sont construits, mais la zone reste toujours présente. Les lois qui sont alors adoptées pour l’expropriation de la zone, compte tenu des faibles ressources de la Ville de Paris, laissent calculer que la fin de sa libération interviendrait en 1965. La situation va rapidement se débloquer avec la période de Vichy. Alors que toutes les libertés démocratiques sont suspendues (il n’y a plus de conseil municipal, plus de conseil général de la Seine, plus de parlement), Vichy met en œuvre une loi en novembre 1940 sur les immeubles insalubres et les terrains de la zone. C’est la même législation qui porte sur les îlots de logements stigmatisés au nom de la tuberculose dans Paris et sur la zone, et qui va permettre d’exproprier très sommairement et avec très peu d’indemnités les propriétaires et de vider les locataires de la zone.

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Nouvel aménagement de l’avenue de la porte d’Ivry, XIIIe, en attendant le passage du boulevard périphérique, vers 1900

Plan des terrains expropriés ou à exproprier, 1944

Plan des terrains expropriés ou à exproprier, 1944

Aménagement de la zone dans le XIVe arrondissement

Aménagement de la zone dans le XIVe arrondissement

L’expulsion des zoniers va permettre le dernier acte : l’aménagement de la zone. Il commence à être imaginé lorsque sous Vichy les services de la préfecture élaborent un nouveau plan d’aménagement de Paris. Ce qu’il y a de nouveau dans ce plan (voir ci-dessous), c’est l’idée d’un boulevard que l’on commence à appeler périphérique, qui est à l’époque une espèce de route nationale plantée d’arbres, qui fait le tour de Paris, et qui doit collecter déjà le tracé des autoroutes qui ont été dessinées dans le plan régional de 1934 (l’autoroute du sud qui a été construite dans les années 60 est déjà présente ici).

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Projet débouchant sur une nouvelle définition de la zone, 1943

Ce projet de 1943 débouche sur une nouvelle définition de la zone. Un peu partout autour de Paris, les HBM ont été construites, mais les équipements sportifs rêvés ne le sont pas toujours. L’idée d’étendre à la banlieue les systèmes d’aménagement et de profiter de cette situation pour commencer ce que Vichy appelait « l’assainissement de Paris » se met en place en s’appuyant sur cette zone.

Habitation des zoniers à Saint-Ouen, 1944

Habitation des zoniers à Saint-Ouen, 1944

Projet d'un ensemble sportif boulevard Bessières

Projet d’un ensemble sportif boulevard Bessières

Est alors formulée l’idée d’une zone de transition entre Paris et la banlieue. Les idéologues ne manqueront pas de souligner combien il est scandaleux que la soit toujours entourée d’un anneau de pauvreté, un anneau de misère, habité par des populations troubles. Vichy met aussi l’accent (seule partie du programme qui est réalisé) sur la politique du sport qui joue un grand rôle dans l’idée du redressement national et certains ensembles sportifs sont lancés, comme cet ensemble réalisé boulevard Bessières, en 1943).

Après la guerre, la situation change complètement.

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La zone après évacuation entre la porte des Poissonniers et la porte de Clignancourt

Chantier du boulevard périphérique aux abords de la Cité Internationale, 1969

Chantier du boulevard périphérique aux abords de la Cité Internationale, 1969

Le boulevard périphérique porte des Lilas en partie réalisé

Le boulevard périphérique porte des Lilas en partie réalisé

L’État intervient massivement dans les domaines de l’habitation et des travaux publics, et la zone occupée pendant l’entre-deux-guerres, est désormais prati­que­ment libre ou libérable rapidement. Vont donc converger vers cet anneau séparant Paris de sa banlieue, la politique du logement de la IVe république, cette politique massive de l’État et la politique routière. La Loi Lafaye (projet de 1954) va permettre la création de logements et le passage de cette grande artère qui est le boulevard périphérique.

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En Lançant l’opération “ceinture verte” Paris se donne une ville moderne de 50 000 habitants et sept quartiers, 1954

Lire cette coupure, qui nous annonce une ville nouvelle autour de Paris et nous présente les différents secteurs d’aménagement qui vont être réalisés. Paradoxalement, le retard de la mise en œuvre du projet de l’entre-deux-guerres va permettre la création de ce boulevard périphérique. Il devient vite obsolète, du point de vue global de l’agglomération parisienne, tout comme l’étaient les fortifications en leur temps. Du fait de la création des autoroutes de ceinture récentes, il attire jusqu’à Paris le trafic interrégional de toute la France.

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Perspective du nouveau Paris, Raymond Lopez, 1954

Sur le terrain, des secteurs d’études sont définis, comme le montre l’image ci-dessus du nouveau Paris telle qu’elle apparaît en 1954 comme solution à ses problèmes sous le crayon de Raymond Lopez, architecte surtout connu pour le plan d’aménagement de la ZUP du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie. Cette idée d’un nouveau Paris (d’un côté la périphérie, de l’autre le centre), est intitulée « Vue d’avenir, ce que pourrait être Paris au voisinage de la rocade périphérique, à l’endroit où celle-ci recueille un (sic) autoroute ».