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LES FORTIFS


4- La fin du mur

Vincent Van Gogh, Les fortifications de Paris, avec maisons, 1887

« La grande ville étouffe dans sa camisole de force »
(Martin Nadaud)


Après la guerre, les militaires demandent une nouvelle enceinte, projet d’un anachronisme invraisemblable, qui sera remplacé par une deuxième ceinture de forts (comme le Fort du Trou-d’Enfer à Marly-le-Roi, par exemple) qui seront mis en service au moment de la Première guerre mondiale.

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L’octroi porte de Saint-Ouen

Dix ans après la guerre de 1870, le député parisien Martin Nadaud considère que « la grande ville étouffe dans sa camisole de force » et s’adresse à ses collègues de la Chambre en déposant la première motion tendant à la désaffection « d’un fossé devenu deux fois inutile depuis la construction d’une seconde ligne de défense ». Sa motion est accompagnée d’un projet de réaménagement de l’emprise des remparts développés sur toute la circonférence parisienne. Elle est mise au point en 1884 et étudiée par l’administration de Jean-Charles Alphand, ingénieur appelé par Haussmann. Alphand propose une ceinture continue d’immeubles qui entoureraient Paris et autour de ces immeubles quelques jardins et un nouveau mur d’octroi, source de revenus importants pour Paris jusqu’à sa suppression en 1942.

Poterne des Peupliers, Boulevard Kellermann, vers 1900

Poterne des Peupliers, Boulevard Kellermann, vers 1900

Poterne des Peupliers, Arthur Calame, 1860

Poterne des Peupliers, Arthur Calame, 1860

La ceinture, dont on discute le démantèlement, est un lieu important dans les représentations littéraires, artistiques, photographiques de Paris. Le tableau (ci-dessus) d’Arthur Calame représente d’ailleurs une entrée de la Bièvre dans Paris au niveau de la poterne des Peupliers plutôt bucolique.

La Bièvre, Boulevard d'Italie XIIIe disparue en 1891; aujourd'hui rue Edmond Gondinet par Eugène Atget

La Bièvre, Boulevard d’Italie XIIIe disparue en 1891 ; aujourd’hui rue Edmond Gondinet par Eugène Atget

Entrée de la Bièvre dans Paris

Entrée de la Bièvre dans Paris

La Poterne des Peupliers vue des Fortifications, 1913

La Poterne des Peupliers vue des Fortifications, 1913

Poterne des Peupliers - Zone de Fortifications Boulevard Kellermann, Eugene Atget, 1911

Poterne des Peupliers - Zone de Fortifications Boulevard Kellermann, Eugene Atget, 1911

L’observation par les photographes, peintres et graveurs de certains lieux singuliers comme la Poterne des Peupliers sous laquelle passe la Bièvre nous livre de nombreux documents émouvants.

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Environs de la Bièvre près des Fortifications, Auguste Lancon, 1870

Lire par exemple récit qui la présente de manière étonnante et qui nous montre combien les fortifs étaient, dans une ville très dense comme Paris, un horizon de liberté.

Montmartre à Ornano. Sur les Fortifs

Montmartre à Ornano. Sur les Fortifs

Pantin, troupeau de moutons à l'Octroi de la porte Jean Jaurès

Pantin, troupeau de moutons à l’Octroi de la porte Jean Jaurès

C’était aussi un lieu où l’on pouvait prendre l’air mais aussi un lieu depuis lequel on pouvait voir la banlieue qui offrait le spectacle des périphéries de la grande ville.

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Le soir aux fortifications, Louis-Henri Foreau, 1923

« Errer est humain, flâner est parisien » peut-on lire sous la plume de Victor Hugo dans Les Misérables. C’était une sorte de compensation dominicale que d’aller flâner sur les fortifications.

Fortifications, Lucien-Gilbert Darpy, 1919

Fortifications, Lucien-Gilbert Darpy, 1919

Fortifications (glacis entre Montreuil et Vincennes), Lucien-Gilbert Darpy, 1919

Fortifications (glacis entre Montreuil et Vincennes), Lucien-Gilbert Darpy, 1919

On retrouve ses flaneries notamment dans les tableaux de Gilbert Darpy.

Le football sur les terrains des Fortifications vers Bagnolet

Le football sur les terrains des Fortifications vers Bagnolet

Chèvres sur la zone des Fortifications

Chèvres sur la zone des Fortifications

Les enfants y jouaient au ballon et on y créera d’ailleurs dans ses fossés, les premiers terrains de football. Très vite la vocation de plein air de ce lieu apparaît et s’impose.

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Les fortifications en 1919, Lucien-Gilbert Darpy

Fortifications Boulevard Gouvion Saint-Cyr, Ferdinand Marks, 1902

Fortifications Boulevard Gouvion Saint-Cyr, Ferdinand Marks, 1902

Bucolique moderne aux Fortifications le dimanche, Auguste Lepère, 1901

Bucolique moderne aux Fortifications le dimanche, Auguste Lepère, 1901

Auguste Lepere illustre ces moments bucolique moderne aux fortifications le dimanche en 1901. Ferdinand Marks peint en 1902 les fortifications Boulevard Gouvion Saint-Cyr.

Courses sur route au pied des remparts de Paris, Van Gogh

Courses sur route au pied des remparts de Paris, Van Gogh

Porte dans les remparts de Paris, Van Gogh

Porte dans les remparts de Paris, Van Gogh

Van Gogh peint Les fortifications porte de Clichy dans les années 1886/1887 (voir en haut de page) ainsi que d’autres tableaux tels que Courses sur route au pied des remparts de Paris ou encore Porte dans les remparts de Paris (voir ci-dessus).

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Theophile-Alexandre Steinlen, Fortifs, 1886

Toujours en 1886, Théophile-Alexandre Steinlen observe et peint un monde en voie de disparition avec ses Fortifs qui offrent de grands espaces à l’écart de la ville.

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Sur les fortifs, Collage, Lucien Pissarro, 1886

Voir aussi les dessins de Lucien Pissarro qui montrent que le spectre de la guerre s’éloignant, les fortifs deviennent un lieu de promenades très populaires pour les parisiens.

Vue des fortifications, Henri Rousseau

Vue des fortifications, Henri Rousseau

L’Octroi, Henri Rousseau, 1890

L’Octroi, Henri Rousseau, 1890

Merveilleuse, la zone du Douanier Rousseau est présentée comme un paysage verdoyant, paisible, presque idyllique.

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Les Fortifs, Christopher Nevinson, 1913

Sur les Fortifs, André Lhote, 1913

Sur les Fortifs, André Lhote, 1913

Les Fortifications de Paris, Frederic Fiebig, 1910-1913

Les Fortifications de Paris, Frederic Fiebig, 1910-1913

En 1913, André Lhote rattaché au mouvement cubiste conserve un lien avec la peinture classique en peignant les fortifs, alors que Frederic Fiebig qui a évolué entre post-impressionnisme et expressionnisme nous dévoile sa vision de l’enceinte et que Christopher Nevinson, peintre de paysage et portraitiste anglais, nous livre une représentation très personnelle (voir ci-dessus).

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Porte d’Asnières, Émile Lafont, 1909

Femmes aux Fortifs, Maurice Utrillo, 1922

Femmes aux Fortifs, Maurice Utrillo, 1922

Les Fortifs à Saint-Denis, Raymond Besse

Les Fortifs à Saint-Denis, Raymond Besse

Maurice Utrillo, enfant de Montmartre, peint une version expressionniste chargée d’humanité et de poésie en 1922, tandis que Raymond Besse, qui aimait peindre “la zone”, représente une fois de plus la banlieue nord de Paris et Saint-Denis. En 1909, Émile Lafont nous dévoile la porte d’Asnières (ci-dessus) l’enceinte de Thiers et la rue de Tocqueville vues de la zone non ædificandi.

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Porte de Versailles et le glacis des fortifications, Auguste Lepère, 1908

La Bièvre à la hauteur des fortications, XIIIe arrondissement, Auguste Lepère

La Bièvre à la hauteur des fortications, XIIIe arrondissement, Auguste Lepère

Porte de Brancion et les fortifications, Auguste Lepère, 1907

Porte de Brancion et les fortifications, Auguste Lepère, 1907

Vaugirard groupe de maraîchers près des fortifications, Auguste Lepère, 1896

Vaugirard groupe de maraîchers près des fortifications, Auguste Lepère, 1896

Porte d'Italie, Auguste Lepère, 1907

Porte d’Italie, Auguste Lepère, 1907

Dimanche aux Fortifications porte du Pré Saint-Gervais, Auguste Lepère, 1898

Dimanche aux Fortifications porte du Pré Saint-Gervais, Auguste Lepère, 1898

Un lundi. Porte des Prés Saint-Gervais, Auguste Lepère

Un lundi. Porte des Prés Saint-Gervais, Auguste Lepère

Considéré comme l’un des plus grands graveurs français, Auguste Lepère a exposé dès 1870 gravures et peintures de Paris et de ses fortifications dans différents Salons. Il témoigne à sa manière de la vie sur les talus des fortifications.

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Aux pinsons de Bagnolet, guinguette sur le glacis de la zone de fortifications, porte de Menilmontant, XXe, Eugene Atget, 1911

Il est intéressant aussi de lire la littérature réaliste de cette période comme des frères Goncourt ou d’Émile Zola.

Et bien sûr, des chansonniers dont Aristide Bruant, qui dénonce en 1895 la disparition programmée des derniers lieux de retranchement populaires avec C’est aussi un lieu où une population interlope commence à s’installer.

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Apaches des fortifs

Le tigre et le coquelicot de Charles-Henry Hirsch, peint par Auguste Leymarie

Le tigre et le coquelicot de Charles-Henry Hirsch, peint par Auguste Leymarie

Casque d'Or, réalisé par Jacques Becker inspiré de l’histoire vraie d’Amélie Élie, jouée par Simone Signoret

Casque d’Or, réalisé par Jacques Becker inspiré de l’histoire vraie d’Amélie Élie, jouée par Simone Signoret

Les premières baraques apparaissent et aussi les premiers apaches comme sur la couverture du livre de Charles-Henry Hirsch. Le tigre, c’est l’apache ou le bandit, le coquelicot, c’est la jeune fille qui en tombe amoureux, leurs aventures se développent sur les talus des fortifications et inspireront le célèbre film Casque d’or de Jacques Becker

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Porte d’Arcueil vers Paris

Les photographes comme Eugène Atget ou Charles Lansiaux observent aussi ces scènes (voir le chapitre Les images présentant les 35 kilomètres de fortifications juste avant ou pendant leur destruction).

La zone porte d'Italie, Atget, 1912

La zone porte d’Italie, Atget, 1912

Paris pittoresque, les zoniers, leurs baraquements, Le Monde Illustré, 6 juillet 1895, E. Bouard

Paris pittoresque, les zoniers, leurs baraquements, Le Monde Illustré, 6 juillet 1895, E. Bouard

Enfin, progressivement, une population s’implante, les fameux zoniers, sur ces terrains de la zone qui étaient restés privés. L’État n’avait pas exproprié la zone et les propriétaires commencent à louer à différents groupes qui construisent leurs baraques.