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14-Des édifices imposants

« De notre point de vue, l’autoroute est la grande opportunité négligée dans le projet urbain. »
Kevin Lynch
, urbaniste, architecte et enseignant américain

Les structures du Boulevard Périphérique, porte de Bagnolet

Le guide : « Au-dessus de nos têtes, c’est le lac du Bois, il y a de l’eau et des poissons. »

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Le lac mineur sous lequel passe discrètement le périphérique

« Les premières études d’intégration acoustique concernent le périphérique de Paris dans la traversée du bois de Boulogne. On raconte qu’il ne fallait pas perturber les microphones proches de l’ambassade d’URSS. »

J.-M. Rapin, IME. Institut musique écologie. Écologie sonore entre sens, art, science, 2012

Il semblerait plutôt que les quartiers du XVIe arrondissement de Paris se soient mobilisés pour ne pas avoir, à leurs portes, un boulevard urbain aussi disgracieux que le boulevard périphérique. Malgré des dépenses insoupçonnées pour assécher le lac et faire passer le boulevard périphérique sous le bois de Boulogne, on ne peut parler de jalon d’urbanité pour les futurs tronçons du périphérique à enterrer. Il s’agit d’une route linéaire sans aucune attractivité, incitant l’automobiliste à se presser, quand cela est possible, pour sortir de ce tunnel cendré.

Le bastion numéro 1

À son achèvement en 1969, l’échangeur de la porte de Bercy est le plus grand d’Europe avec ses trois niveaux de circulation et ses vingt-deux bretelles. On y trouve comme enveloppé le bastion numéro 1 de l’enceinte qui a été préservé, mais étouffé par les bretelles de ce dispositif autoroutier.

Aujourd’hui, avec sa boucle de 35 kilomètres, ses 100 hectares de voies principales et ses 38 hectares de bretelles le périphérique existe, et malgré ses défaut a l’intérêt d’être une scène métropolitaine assez extraordinaire.

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Le bastion n° 1 étouffé dans l’échangeur de la porte de Bercy

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Le bastion n° 1 que l’on peut encore parcourir à pied

The View from the Road

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Les échangeurs du périphérique, vu d’une tour de la porte de la Chapelle, 2011

« L’autoroute est – ou pourrait être – une œuvre d’art. La vue depuis la voie peut être un jeu dramatique d’espace et de mouvement, de lumière et de texture, embrassant une échelle nouvelle. Ces longues séquences pourraient rendre intelligibles nos grands territoires métropolitains : le conducteur verrait comment la ville est organisée, ce qu’elle symbolise, comment les habitants l’utilisent et quel est son propre rapport avec elle. De notre point de vue, l’autoroute est la grande opportunité négligée dans le projet urbain. »

Kevin Lynch, urbaniste américain, 1964

« Une ville naît dans un endroit donné, mais c’est la route qui la maintient en vie. Associer le destin de la ville aux voies de communication est donc une règle méthodologique fondamentale. »

Marcel Poète, cité par Aldo Rossi, L’architecture de la ville, 1924

Projet de super-périphérique de René Sarger étudié dans les années 60, proposant de doubler le périphérique tout juste ouvert à la circulation en le survolant par un gigantesque ouvrage en viaduc.

Son destin est-il d’être préservé, sanctifié ? Ou est-il d’être enterré, effacé ? Aujourd’hui le périphérique est un paysage sur lequel des architectes de grand talent se sont exprimés .

L’hôpital Robert Debré conçu par l’architecte Pierre Riboulet, dont la forme courbe est déterminée par la configuration du boulevard périphérique à son endroit.

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L’élégant stade Charlety, dessiné par Henri Gaudin

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Coupe du projet de superpériphérique

L’hôpital Robert Debré conçu par Pierre Riboulet

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Pourquoi ne pas doubler la hauteur de ces HBM ? Par Vincent Callebaut

Porte Brancion (XVe), logements et terrains de sport au-dessus du boulevard périphérique

Mille arbres, boulevard Pershing (XVIIe)

Tour enjambant le périphérique (XVIIe)

Jardins habités, rue Pitet, (XVIIe)

Le nouveau projet végétal visible depuis le périphérique parisien

Quel destin pour le périphérique ?

En vue d’augmenter l’offre de logements dans Paris, les « Honeycomb towers » proposent de doubler la hauteur de ces immeubles de la porte des Lilas en greffant des maisons individuelles imbriquées les unes aux autres, comme un nid-d’abeilles.

« Réinventer Paris », quelques projets proches du périphérique

« Mille arbres » 16-24 boulevard Pershing (XVIIe).
« Navire » qui devrait remplacer l’actuelle gare routière des bus, au milieu d’un tout nouveau parc chevauchant le périphérique, lui-même traversé par une rue jalonnée de restaurants. Ce projet situé sur le site Pershing qui relie la Porte Maillot à La Défense vient d’être annulé par le tribunal administratif de Paris ».

« La Ville multi-strate » Ternes-Villiers-Champerret (XVIIe). Ce projet chevauche le périphérique en venant combler une tranchée ouverte entre deux ponts, à côté de la chapelle Notre-Dame-de-la-Compassion. Cet enjam­be­ment accueillera une tour de bureaux, de logements et de commerces, dotée d’une structure bois et d’une toiture végétalisée. Ce projet vient d’être annulé par le tribunal administratif de Paris.

« Pichet NLA » 5-10 rue Pitet (XVIIe). 3 bâtiments comptabilisant 66 logements, dont 22 sociaux ou intermédiaires, et 169 m2 d’activité en rez-de-chaussée. Le tout pensé comme une succession de « jardins habités ». Ces logements sont principalement en panneaux en bois lamellé-croisé, ou panneaux massifs.

« Node » Poterne des Peupliers – Rue Sainte-Hélène (XIIIe). Sur un terrain de plus de 2 000 m², ce projet de nouveau très « végétal » réunit une plateforme de logistique urbaine et un funérarium, couronné d’une résille métallique vaporeuse. Les vignes rampantes poussent dans les zones en retrait du plan, créant des coins propices au maintien de la biodiversité.

Insertion urbaine

Le périphérique est un décor architectural continu extrêmement intéressant, dans lequel, parfois, certaines opérations essayent de résoudre certains problèmes réels des habitants (400 000 habitants vivent à moins de 400 mètres du boulevard). En écho au déplacement des véhicules, le mouvement des usagers est perceptible jour et nuit au travers de larges ouvertures, et offre aux automobilistes une scénographie du paysage urbain toujours renouvelée. L’intensité métropolitaine de la résidence étudiante est exaltée, tandis que le volume iridescent du gymnase/pont laisse, tel une lanterne lumineuse, s’exprimer le spectacle des silhouettes, ombres chinoises animées.

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Gymnase suspendu porte de Vincennes. Par Luxigon

Les considérations actuelles

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L’annulaire-rapide, projet de Christian de Portzamparc se veut un moyen de transport rapide, aérien installé au dessus du périphérique

Aujourd’hui, c’est à l’échelle de la métropole que le destin de cet anneau est posé. Cet anneau épais de 400 mètres qui intercepte la plupart des voies importantes de la région parisienne (qui voit passer chaque jour 1,2 million de véhicules, soit 40 % du trafic parisien) va-t-il devenir un territoire replié sur lui-même, rendu confortable, rendu praticable, ou va-t-il être un lieu d’articulation de Paris et de la banlieue comme l’ont proposé depuis longtemps l’Atelier Parisien d’Urbanisme, l’institut d’aménagement et d’urbanisme de la région ?

Le périphérique est un territoire réticulaire. On peut rejoindre ou fuir ce tourniquet routier grâce à 156 bretelles, 6 échangeurs et 44 diffuseurs. Au total, on atteint près de 90 kilomètres et une superficie de 1 680 000 m². Avec 270 000 véhicules par jour, il est la portion routière la plus fréquentée d’Europe. Si l’on établit à 1,2 le nombre moyen de personnes par véhicule, le périphérique compte près de 350 000 « habitants temporaires » chaque jour. Bon gré, mal gré, ils habitent le temps et la mobilité et constituent le « Le XXIe arrondissement », un quartier disposant de 5 centres commerciaux, 13 parkings, 22 stations-service et 28 hôtels associés. Dépaysement de proximité garanti !

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« Le XXIe arrondissement de la capitale »

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Imaginé par le studio Planning Korea, le concept devrait s’implanter au dessus du boulevard périphérique, dans le XVIIe arrondissement de la Capitale

En réponse au projet urbain « Réinventer Paris » initié par Anne Hidalgo, un groupe d’architectes coréens partage sa vision de ce que pourrait être la Ville lumière au XXIe siècle. Baptisé « L’air Nouveau de Paris », le concept imagine une construction futuriste au milieu de la ville. Il s’agit d’une série de capsules ovoïdes connectées entre elles et montées sur pilotis. Fabriquée en verre, chaque capsule peut servir de bureau, de local commercial ou résidentiel aux citadins parisiens. S’étendant sur une surface de 3 800 m², la structure s’inspire des micro-organismes présents dans la nature. Sa conception interconnectée est pensée pour renforcer les liens entre les bâtiments tandis que sa façade entièrement vitrée permet de disposer d’une vue panoramique à 360° sur la ville.

Un autre projet révolutionnaire et réalisable pourrait faire sortir Paris de la crise du logement et réduire drastiquement la pollution : il s’agit de métamorphoser le boulevard périphérique en un grand espace habité et paysager, entièrement libéré de ses voitures ! Ses chiffres sont sérieux : sur 150 hectares, trois millions de mètres carrés seraient construits, 35 à 50 000 logements bâtis, et 45 hectares de biodiversité installés sur les 35 kilomètres de la boucle qui encercle la capitale. Cette idée s’inscrit dans un nouvel espace où la capitale se fond dans la future Métropole de Paris et où le périphérique ne constitue plus une frontière entre Paris et sa banlieue. N’étant plus une frontière, la grande boucle d’asphalte peut se métamorphoser. Ce serait un grand parc circulaire connecté avec les autres espaces verts : bois de Boulogne, bois de Vincennes, parc de la cité universitaire, héliport de Paris. L’ouvrage n’est pas démoli, tous les équipements (sportifs, culturels) et les moyens de transports (métro, tramway, Grand Paris Express) sont à proximité.

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Deux concepteurs urbanistes proposent de vider le périphérique de toutes ses voitures et d’y construire logements et parcs dès 2025

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Extrait de Paris + 2°C (c) Y. Gourvil et C. Leroux, Et Alors, Commande mairie de Paris, 2010

Aménager des jardins, construire des logements sur le périph ne pose aucun problème technique. Que faire de l’actuelle circulation automobile sur le premier axe routier d’Europe (270 000 véhicules/jour) ? Les flux de camions seraient déplacés sur l’A104. L’A86 serait alors transformée en boulevard urbain. Pour compenser l’usage de la voiture individuelle, un réseau dense de bus, notamment électriques, serait mis rapidement en place entre l’ex-périph et l’A86, en offrant un service comparable à celui en ville (un bus toutes les cinq minutes). Cette solution radicale propose une solution forte à la crise urbaine en sacrifiant l’usage personnel de l’automobile en région parisienne. Projet utopique ou incroyablement optimiste qui accompagnerait la Ville Lumière dans un saut qualitatif au XXIe siècle.

Paris ne sera certainement pas à l’avenir une ville conti­nue. Cette césure existe, elle a des qualités paysagères. Elle a une histoire extrêmement complexe, édifiante. Le tramway sur le boulevard des Maréchaux peut aussi changer la destinée de cet anneau et en faire un lieu de transports plus collectifs. Cet anneau double au delà de son histoire d’un siècle et demi reste un des terrains d’aventure des plus intéressants de la région parisienne et peut-être de l’Europe.

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Le périph plombé !